Le 21 avril 2026, le Centre Culturel régional de Dakar Blaise Senghor a servi de terrain d’échange entre divers professionnels du domaine littéraire à l’occasion de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur, qui se célèbre normalement le 23 avril de chaque année. Cette rencontre ayant rassemblé spécialistes de la profession et plusieurs jeunes élèves d’établissements scolaires distincts, avait pour but de convertir le public au métier du livre avec pour thème : « Regards croisés entre acteurs de la chaîne du livre : promouvoir le livre et la lecture au Sénégal ».
Pour s’y faire, différents profils ont été invités à s’exprimer sur les angles variés de ce travail : pour l’écriture et la production avec Abdoulaye Fodé Ndione -président de l’Association des Écrivains du Sénégal (AES)-, la promotion et la commercialisation des ouvrages avec Aminata Sy – actuelle présidente de l’Association sénégalaise des éditeurs (ASE)-, Marie Gaye comme Secrétaire Générale de l’Association Sénégalaise des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (ASBAD) pour parler des classements et de la valorisation des collections, et enfin le journaliste culturel Assane Cissé. LE ROUGE était sur place durant le panel.
À Dakar, la journée mondiale du livre et du droit d’auteur a été célébré deux jours à l’avance. En effet, le 21 avril 2026, le Centre Culturel régional de Dakar Blaise Senghor a accueilli différentes figures du domaine de la littérature pour échanger lors d’un panel sur le métier du livre au Sénégal. Avec pour thématique « Regards croisés entre acteurs de la chaîne du livre : promouvoir le livre et la lecture au Sénégal », l’événement avait pour objectif de convertir la masse aux divers rôles essentiels à l’écriture et à la vente d’une œuvre. Mais plus encore, cette rencontre recherchait une finalité davantage vitale.
L’importance sociale d’un écrivain
Abdoulaye Fodé Ndione, auteur et président de l’Association des Écrivains du Sénégal (AES), est venu rappeler aux jeunes l’indéniable importance d’un écrivain dans une société.
Inspiré par la pensée du feu poète et homme d’Etat Sénégalais Leopold Sédar Senghor, il insiste sur le fait qu’un littérateur c’est avant tout « quelqu’un qui reflète les réalités, quelqu’un qui annonce, quelqu’un qui essaie de gérer le social « . Il explique : « Donc, écrire comme je l’ai toujours dit, c’est comme si on donnait un enfant, simplement. Et on le sent surtout quand on finit d’écrire ».
D’un point de vue personnel, monsieur Ndione révèle écrire pour se libérer.« J’écris pour me libérer, parce que nous savons combien la création est importante », il exprime.
« Le produit, c’est le livre »
L’intervention de madame Aminata Sy, présidente de l’Association sénégalaise des éditeurs (ASE), vise à instruire le public sur le fonctionnement des maisons d’éditions. Dans sa prise de parole, les bouquins sont présentés tels des produits à consommer ; sauf que ces biens-là ont une caractéristique exclusive, les rendant plutôt compliqué à vendre.
« C’est très difficile le métier d’édition »
En effet, la maison d’édition est une société semblable à pleine d’autres. Elle aussi vend un produit libre et cherche à avoir une marge de bénéficiaire pour fonctionner, payer des salaires, etc. « Le produit, c’est un livre. C’est pas donc des mots de commun qu’on vend, ou bien du pain. Ça, c’est un produit assez particulier et très difficile aussi à vendre », elle confie. D’ailleurs, pour elle, la phase la plus difficile reste la promotion : » Le public paie l’impression avec les imprimant et après il faut diffuser cet ouvrage par les libraires, les bibliothécaires, les archivistes … il faut aussi des journalistes culturels pour faire connaître le livre », elle précise.
Madame Sy témoigne que les livres ne sont malheureusement pas des produits de première consommation, contrairement à des aliments (par exemple) qui se consomment quotidiennement. S’agissant de la littérature on ne peut compter que sur des périodes précises pour espérer des plausibles achats. Elle confie: « Pendant la rentrée des classes, les parents sont obligés d’acheter des livres. Et comme vous pouvez le remarquer, chaque fois, on dit que le livre est cher ». Mais là encore, un autre défi de taille s’y présente ; celui de la piraterie. « Surtout actuellement, la vie est très dure. Et le problème de la piraterie est là. Nous produisons beaucoup de livres avec un coût de publication beaucoup plus cher », elle allègue.
On comprend ainsi que sans l’éducation, la littérature est tristement absent de la routine des Sénégalais ; mis à part des livres éducationnels, peu se permettent de chercher au-delà. « Donc, on a un problème vraiment de commercialisation en Afrique et ici, au Sénégal. Donc, je crois qu’il faut essayer de régler ce problème »
… Et la bibliothèque dans tout ça ?

La place des bibliothécaires dans la promotion des livres est plus stratégique qu’on ne le pense. De ce que l’on apprend de Marie GAYE, Secrétaire Générale de l’Association Sénégalaise des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (ASBAD), ils sont à la charge de « repositionner la place du livre dans le maillon de la chaîne du livre. » … les éditeurs, le bibliothécaire, l’archiviste, le documentariste, c’est l’avant-dernier acteur de la chaîne du livre, avant le lecteur« , elle cite.
Madame Gaye précise que la bibliothèque n’est pas qu’un espace de lecture. En fait, elle vaut largement plus : » Dans les pays anglo-saxons, on parle de bibliothèque comme troisième livre, c‘est-à-dire qu’après la maison, l’école où on travaille, la bibliothèque vient en troisième position », énonce-t-elle.
Le rôle de l’Etat et du peuple Sénégalais
Pour le Président du livre et de la promotion de la lecture qui s’est exprimé lors de la rencontre, « l’État est parfaitement conscient de la mission qui lui est impartie pour essayer de créer les conditions de développement de la lecture, à travers son réseau de bibliothèques, à travers les animations qu’il peut sponsoriser et l’accompagnement des cadres associatifs ». Par contre, il insiste que l’Etat ce n’est pas que le pouvoir, mais aussi la population Sénégalaise : « … comme j’ai l’habitude de dire, l’État ce n’est pas un concept qui flotte entre le ciel et la terre. L’État, c’est nous, dans nos individualités dans nos façons de voir le monde. C’est à nous de construire avec l’État « , a-t-il affirmé renforçant son argument avec une citation du défunt Nelson Mandela, « Une nation qui lit est une nation qui gagne ».
A cela, Aminata SY complète en indiquant que les personnes en Afrique « n’ont pas la culture du livre ». « Vous allez en Europe, le livre sort, et vous allez à la librairie, les gens achètent le livre et ils le lisent partout, dans les cafés, dans les métro, etc. Nous, on n’a pas cette habitude », elle clame.