Une photo. Un sac de riz. Un enfant aux jambes couvertes de poussière, le regard vide face à l’objectif. Combien de fois avons-nous vu cette scène, présentée comme un acte de générosité ?
Le Burkina Faso a décidé d’y mettre un terme. Réuni à Ouagadougou le 2 juillet dernier, le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré a adopté un décret encadrant strictement l’aide humanitaire dans le pays. Une ligne, en apparence anodine, change pourtant la donne : il est désormais interdit de mettre en scène des personnes vulnérables aux côtés des dons qu’on leur distribue.
Concrètement, filmer un bénéficiaire en train de recevoir de l’aide, dans le seul but d’émouvoir et de générer des dons ou de la visibilité, devient passible de sanctions. Les autorités burkinabè n’ont pour l’instant pas précisé la nature exacte de ces sanctions, administratives ou pénales.
Derrière cette décision, un phénomène qui a un nom : le « poverty porn », ou « charity porn ». Une pratique qui ne date pas d’hier elle remonte aux grandes campagnes humanitaires des années 1980, quand les ONG internationales misaient sur des images chocs pour susciter la compassion. Ce que les réseaux sociaux ont changé, c’est l’échelle et la rentabilité du procédé. Aujourd’hui, des influenceurs humanitaires bâtissent des carrières entières sur la mise en scène de la misère africaine.
L’affaire Dylan Thiry, en France, illustre les dérives possibles de ce modèle. L’ex-candidat de télé-réalité, devenu « influenceur humanitaire » à Madagascar, a collecté plus de 250 000 euros via des cagnottes avant la dissolution de son association. Plusieurs plaintes pour abus de confiance ont été déposées contre lui ; il conteste les faits et son procès est attendu.
Ce décret dépasse donc largement le cadre burkinabè. Pour une fois, ce n’est pas l’Occident qui dicte à l’Afrique comment se comporter. C’est un pays africain qui renvoie à l’Occident ses propres travers, et pose une question simple : à partir de quand aider les autres devient-il, surtout, une façon de se mettre en scène soi-même ?