Cameroun : le silence qui dure 51 jours sans Paul Biya

Depuis le 7 juin 2026, le Cameroun vit une expérience inédite : celle d’un chef d’État absent, invisible, silencieux et pourtant toujours officiellement aux commandes.

Le fait est simple, presque banal en apparence. Paul Biya, 93 ans, quitte Yaoundé avec son épouse Chantal Biya pour ce que la présidence qualifie de « court séjour privé en Europe ». Aucune destination précisée. Aucune durée annoncée. Une photo à l’aéroport, publiée par Cameroon Tribune. Et depuis, plus rien. Pas d’image datée, pas de discours, pas d’audience filmée. Le pays le plus centralisé d’Afrique centrale se retrouve à observer un vide.

Le vide, justement, est devenu la donnée politique majeure. Ce lundi, le compteur affiche 51 jours un record absolu pour celui qui dirige le pays depuis quarante-quatre ans. Le précédent seuil, 49 jours, datait de l’automne 2024. Il vient d’être pulvérisé, et sans ligne d’arrivée annoncée.

Ce qui frappe, ce n’est pas l’absence en elle-même Paul Biya a toujours voyagé, souvent longuement. C’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Une révision constitutionnelle a réintroduit, en avril 2026, la fonction de vice-président disparue depuis 1982. Mais ce poste reste vacant. Aucun nom, aucune nomination.

Sur le plan juridique, le débat divise. L’article 6 de la Constitution ne reconnaît que trois cas de vacance : le décès, la démission et l’empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel. Selon le ministre d’État Jacques Fame Ndongo, parler de vacance du pouvoir relève d’un « barbarisme juridique »  aucun texte, insiste-t-il, ne fixe de durée maximale au séjour du chef de l’État hors du territoire. À l’inverse, l’avocat Christian Ntimbane Bomo soutient qu’une absence aussi prolongée du poste de travail présidentiel pourrait, par analogie avec le droit de la fonction publique, être assimilée à un abandon de poste ouvrant la voie à une démission constatée par le Conseil constitutionnel.

Le professeur Aba’a Oyono pointe, lui, un flou plus large : la Constitution imposerait au président des obligations de présence et de garantie du fonctionnement des institutions, sans que les procédures pour constater un empêchement provisoire soient clairement définies. Le point commun à ces lectures divergentes : selon plusieurs juristes, les textes camerounais ne prévoient pas explicitement le cas d’une absence aussi prolongée du chef de l’État hors du territoire chacun comble ce vide à sa manière.

Face à la rumeur, la présidence choisit la mise en scène de la continuité. Des messages de félicitations sont publiés sur les réseaux du Cabinet civil à Emmanuel Macron pour le 14 juillet, à d’autres chefs d’État pour leurs fêtes nationales. Aucune preuve de vie directe, mais une activité administrative qui se poursuit, comme en pilote automatique. Du côté du parti au pouvoir, le RDPC tranche par la voix de son directeur de la propagande : « Le pouvoir n’est pas vacant. Le Lion n’est pas parti. »

Entre ces deux récits silence institutionnel et déni officiel les Camerounais, eux, attendent. Dans les rédactions de Yaoundé comme dans la diaspora, la même question circule, sobre et lourde à la fois : où est le président ? Et surtout, qui gouverne, réellement, pendant qu’il ne répond pas ?

Aucune source crédible n’a partagé à ce jour ce qu’il en est réellement du chef de l’État camerounais. Mais le silence, à 93 ans, n’est plus tout à fait une affaire privée. Il touche désormais au fonctionnement de l’État une question à laquelle, un jour, il faudra bien répondre.

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