Dans un communiqué signé le 29 mai 2026 à Yaoundé, l’Ordre des avocats condamne « avec la dernière énergie » les atteintes à l’intégrité physique et morale des mineurs, tout en annonçant la mise en place d’une cellule spéciale chargée d’assister les familles victimes de viols sur enfants.
C’en est trop pour le Barreau du Cameroun ! Dans son récent communiqué, l’Ordre des avocats partage un constat troublant éveillé par des discussions en ligne et des couvertures médiatique : la multiplication des cas relevant de la « criminalité des mÅ“urs« , notamment des viols commis sur des enfants parfois très jeunes.
Plusieurs cas signalés
Entre mars et fin mai 2026, une vingtaine de cas de viols d’enfants parfois suivis de meurtre sont portés à l’attention du public par diverses voies. L’Ordre cite plusieurs affaires signalées récemment à Yaoundé, Douala, Bangangté et dans la région du Nord-Ouest.

À Yaoundé, le Barreau indique avoir été informé du cas d’un homme présenté comme enseignant, qui a abusé d’une quinzaine d’enfants âgés de 4 à 14 ans au quartier Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV. Le communiqué évoque également le cas d’une fillette de 3 ans, la jeune Joyce Nawal, élève dans une école située au quartier Odza, qui a été victime de viol.
Cette affaire a suscité des manifestations publiques aux abords de son établissement le 28 mai 2026.
D’ailleurs, l’Ordre des avocats s’indigne davantage en remarquant que la plupart des cas de viols mettent en cause des enseignants. « Le diable est désormais à l’école et se dissimule derrière la blouse pourtant noble des enseignants. Ainsi l’école qui était un lieu sûr pour les enfants serait elle aussi en voie d’être infestée par des criminels sexuels », regrette le Barreau qui répertorie la vingtaine de cas dénoncés depuis mars 2026.
Le Barreau revient également sur l’affaire de la jeune fille de 14 ans qui a été violée par son enseignant à Douala, au lieu-dit PK14. Un autre cas est également rapporté à Bangangté, où un homme a été pris à partie par la foule après le viol présumé d’une fillette de 10 ans.
Dans la région du Nord-Ouest, département de Momo, l’Ordre des avocats signale aussi le viol présumé d’une adolescente de 14 ans par un septuagénaire. Selon le communiqué, l’homme a tenté d’échapper à la justice en remettant la somme de 30 000 FCFA à la tante de la victime.
Des conséquences peu sévères
Le Barreau déplore par ailleurs ce qu’il qualifie de légèreté dans le traitement de certaines affaires, notamment lorsque des suspects sont remis en liberté après de brefs séjours en garde à vue ou en détention préventive. Il invite les acteurs de la chaîne judiciaire pénale à faire preuve de fermeté contre les auteurs de violences sexuelles, en particulier lorsque les victimes sont des enfants.
L’Ordre des avocats dénonce aussi les arrangements à l’amiables qui interviennent parfois entre les familles des victimes et les mis en cause. Pour le Barreau, l’intégrité physique et morale des enfants ne peut faire l’objet d’aucune négociation. Il prévient que les parents qui se livreraient à ce type d’arrangement pourraient être considérés comme complices.
Réaction au fléau
En réponse à cette situation, le chef de l’Ordre des avocats, Me Mbah Éric a déploié une équipe d’avocats dédiée au suivi judiciaire gratuit des victimes. Il s’agit d’une cellule spéciale chargée d’assister, de conseiller et de défendre les victimes de viols sur enfants. Elle aura pour mission de contacter les familles concernées et d’assurer le suivi des dossiers jusqu’à l’aboutissement des procédures judiciaires.
L’équipe sera présidée par Maître Memong Philippe Olivier, avocat à Yaoundé et représentant du Bâtonnier pour les régions du Centre, du Sud et de l’Est. Maître Zangue Serges Martin, avocat à Douala et secrétaire de l’Ordre, en assurera le rapport. Plusieurs autres avocats en sont également membres.
Dans sa note, le Barreau met enfin à la disposition des victimes de viols sur enfants un numéro de téléphone. Ce canal est destiné à recevoir les sollicitations des familles ayant besoin d’assistance : 654 815 610.