La troisième édition du Forum Audiovisuel des Femmes Africaines en Communication, TIC et Télévision (FACT Dakar) s’est tenue le 23 et 24 avril derniers, dans les locaux du Sama Hotel, à Dakar. Placé sous la présidence de Mariame Selly Kane, l’événement avait pour thème : « Structurer l’audiovisuel africain pour créer de l’emploi et raconter nos histoires ».
Un thème d’une grande actualité, à l’heure où la jeunesse africaine, bien que massivement connectée, peine encore à exploiter pleinement les potentialités créatives offertes par les outils numériques.Ce forum vient donc interroger les moyens de transformer l’audiovisuel en levier économique et identitaire puissant pour le continent. En effet, cette édition est axée sur la structuration, la formation et la coopération et met l’accent sur des axes cruciaux : la formation, la structuration des filières et la coopération Sud-Sud et Sud-Nord.
Des délégations venues du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Canada et de la France enrichissent les échanges avec des exemples inspirants, comme le modèle de soutien à la création du Québec ou l’émergence du Codewood ivoirien, un label national de distribution audiovisuelle inspiré de Nollywood.
Pour Mariame Selly Kane, directrice du FACT Dakar, le forum est un espace essentiel pour réfléchir à la place des femmes dans les industries créatives et à la valorisation des talents africains : « Nous venons de la télévision, mais aujourd’hui la création de contenu se déploie sur de multiples supports. C’est une opportunité de générer des revenus, de faire vivre les créateurs et créatrices, et surtout, de valoriser nos territoires et nos identités. »
Elle souligne aussi l’importance de la structuration professionnelle, en particulier en Afrique francophone, où l’accès aux financements reste un obstacle majeur :« Des fonds existent à travers le monde, notamment dans les pays du Nord. Mais comment y accéder si nous ne sommes pas bien outillés ? », s’interroge-t-elle. C’est dans cette perspective que cette édition veut approfondir les mécanismes de structuration, avec comme objectif clair : « Se structurer pour croître et créer de l’emploi pour la jeunesse. »
S’inspirer de modèles internationaux
La première journée du forum a notamment été marquée par l’intervention de Josette Normandeau, présidente de l’Association des Producteurs du Québec. Elle a partagé les grandes lignes du modèle québécois dans le domaine du cinéma, des séries et du numérique, soulignant l’importance de l’échange et de l’adaptation aux réalités locales. « Le Sénégal est en pleine structuration. L’idée n’est pas de calquer un modèle, mais de s’inspirer et d’adapter », a-t-elle rappelé.
Les délégations ivoiriennes et maliennes ont également pris part aux discussions, notamment sur l’expérience en cours à Abidjan avec le lancement du Codewood, un projet national visant à créer un écosystème fort autour des productions audiovisuelles locales. Mariame Selly Kane a exprimé l’ambition de voir le Sénégal s’inscrire dans une dynamique similaire, avec un label « Made in Sénégal » qui pourrait non seulement valoriser le patrimoine culturel, mais surtout générer des revenus pour la jeunesse. « Nos jeunes ont tous un smartphone. Mais qu’ont-ils fait avec ? Beaucoup de divertissement, très peu de création structurée. Nous voulons qu’ils comprennent que ces outils entre leurs mains sont de véritables instruments de travail, qu’ils peuvent produire du contenu qui raconte nos histoires, qui nous ressemble, et qui peut séduire l’international. »
Une continuité dans les engagements du FACT
Depuis sa première édition en 2021, le FACT Dakar s’est toujours penché sur des problématiques cruciales pour le secteur. L’autonomisation des femmes et des jeunes filles à travers la télévision, la sécurité de l’image des femmes en temps de crise notamment pendant la pandémie ont été au cœur des précédentes éditions.
En 2025, l’heure est à la consolidation des acquis et à l’ouverture vers les opportunités internationales. Grâce à des échanges riches et des modèles inspirants, le FACT Dakar souhaite outiller les acteurs africains à prétendre à des financements, à tisser des partenariats durables, et à faire émerger une nouvelle génération de professionnels aguerris, prêts à porter haut la voix de l’Afrique dans l’audiovisuel mondial.