Les 11 et 12 juillet derniers, la salle Arambo a vibré au rythme de la première édition du spectacle « L’Apologie du Cheveu Afro », placé sous le thème Itoué, qui signifie cheveu en langue omiené , langue parlée par un peuple de la province de l’Ogooué-Maritime, à Port-Gentil. Ce fut un spectacle inédit qui a permis de revisiter les coiffures traditionnelles des différentes ethnies du Gabon. Porté par la présidente des associations Dimossimori et Nappy Nanga, Madame Regina Rose Nanga , l’événement visait à aller bien au-delà de la simple mise en valeur esthétique du cheveu afro. Il s’agissait d’un acte militant. Celui de dénoncer les stigmatisations subies et réhabiliter la place du cheveu crépu dans l’identité culturelle africaine.
« Ce spectacle avait pour but de nous aider à nous réconcilier avec notre propre identité. Le jour où l’Africain prendra conscience de sa richesse, on pourra inverser les tendances. Notre responsabilité est d’éviter que nos enfants deviennent les esclaves que nous sommes encore aujourd’hui », a confié l’organisatrice, Regina Nanga.

Durant 1h30 de scène, les artistes ont emporté une salle presque comble dans un voyage identitaire profond. Pour l’acteur et comédien Gaël, le message était clair : il faut revenir à l’authenticité du cheveu crépu et en finir avec l’obsession des standards capillaires occidentaux. « Le cheveu afro s’est dénaturé avec le temps et l’arrivée du colon. On veut revenir à ce qui est originel. On a voulu parler du cheveu pur, pas de celui modifié par les diktats de beauté européens », a-t-il expliqué.
Un message partagé par la comédienne principale Elsa, qui a tenu à rappeler que le cheveu afro, au-delà de son apparence, est un symbole identitaire puissant.
« Il fallait rappeler que nos cheveux font partie de notre identité. On se doit de préserver cette identité malgré les influences extérieures. Pendant longtemps, porter ses cheveux crépus était mal vu, y compris dans l’administration. Il fallait mettre des mèches, des tissages qui coûtent cher. Mais aujourd’hui, il est temps de revendiquer notre cheveu naturel », a-t-elle déclaré. Ce fut un véritable retour aux racines culturelles.
Une immersion artistique totale

Fruit de six mois de préparation, le spectacle a été une véritable immersion artistique, culturelle et émotionnelle. Le public a d’abord été enveloppé dans une atmosphère mystique, séparé de la scène par un voile symbolique. Puis sont venus le slam, la poésie, la danse, le chant, et même des projections cinématographiques, dans une mise en scène signée Michel Ndaot. « Le texte, écrit par Madame Regina Nanga, tournait autour du cheveu afro. Il fallait trouver un fil conducteur et un personnage central, nommé ‘Il Peut’, qui signifie ‘cheveu’ en langue omiené. On traverse ainsi les époques : de la période de l’esclavage à celle de la libération », explique le metteur en scène.

Ce travail de mémoire a révélé comment, durant l’esclavage, les cheveux étaient rasés ou lissés pour plaire au maître, et comment les femmes utilisaient leurs tresses comme cartes ou codes de survie.
Par ailleurs, la chanson Freedom de Beyoncé, en clôture, a résonné comme un hymne à la liberté capillaire et identitaire. Une spectatrice, émue, a tenu à témoigner : « Le spectacle était magnifique. Aujourd’hui, on compte encore peu de femmes et d’hommes qui gardent leurs cheveux crépus. Moi-même, ça m’a donné envie d’arrêter les produits chimiques. Je vais garder mes cheveux crépus parce que c’est ça, notre identité », a-t-elle confié.
Ainsi, l’apologie du cheveux Afro n’était pas qu’une performance artistique. Il s’est imposé comme une revendication forte de la beauté et de la dignité du cheveu afro, souvent brimé, trop longtemps dévalorisé. Un plaidoyer en faveur de l’affirmation culturelle, de l’estime de soi et du retour aux racines au delà des bavures qui lui ont été affligées.