Gabon : Arrestations des leaders de SOS éducation, l’école en sursis

Le climat social s’alourdit brutalement au Gabon. Après l’arrestation de Marcel Libama, c’est au tour de Simon Ndong Edzo, figure du syndicalisme enseignant, d’être interpellé ce mardi 20 janvier. Entre revendications de retraités « oubliés » et bras de fer sécuritaire, le secteur éducatif menace de basculer dans une crise sans précédent.

Le quartier Awoungou, dans la commune d’Owendo, a été au centre d’une opération policière tôt ce mardi matin. Les agents de la Direction générale des Recherches (DGR) ont interpellé à son domicile Simon Ndong Edzo, ancien président du Syndicat autonome des enseignants du Gabon (SAEG) et pilier de la CONASYSED.

Bien que retraité, celui que ses pairs qualifient de « valeureux combattant » restait omniprésent sur le front des revendications. Cette interpellation intervient alors que le système éducatif est paralysé par une grève massive lancée depuis le 5 janvier dernier.

« No money, no school » : le discours de la discorde

Pour de nombreux observateurs, le point de bascule remonte au samedi 17 janvier. Lors d’une assemblée générale du collectif SOS Éducation à Awendje, Simon Ndong Edzo avait galvanisé la foule avec des slogans sans équivoque : « No money, no school » et « Derrière rien, il n’y a rien ».

Cette posture critique envers la gestion gouvernementale semble être au cœur de cette vague d’arrestations. Elle fait suite à celle de Marcel Libama, arrêté quelques heures plus tôt pour « obstruction et entrave à la liberté ». Les autorités semblent invoquer leur statut de retraités pour leur dénier le droit d’intervenir dans les services publics en activité.

Le syndicaliste Marcel Libama, interpellé à Libreville, 19 janvier 2026.

Mais les motifs sont clairement souligné par le syndicaliste Simon Ndong dans une tribune. combat pour la dignité : « Ma retraite n’est pas un renoncement », a t-il dit. Pourtant, pour Simon Ndong Edzo, son engagement est une question de survie. Dans une tribune poignante, il rappelle ses 37 ans de service et dénonce des arriérés de paiement (reclassements et avancements) jamais perçus : « Une dette reste une dette, qu’on soit en activité ou à la retraite. Mon temps n’est pas passé, ma dignité n’a pas pris sa retraite, et mes droits non plus. L’article 34 du Statut Général de la Fonction Publique est clair : tout fonctionnaire a droit à une rémunération correspondant à son grade. Je ne réclame pas la charité, je réclame justice ».

Le cri de détresse d’un serviteur « oublié »

Retraité depuis trois ans, l’homme décrit un calvaire administratif. Malgré des démarches incessantes auprès du Budget et de la Fonction publique, ses droits restent bloqués. Alors que sa santé décline, il livre un témoignage qui résonne comme un réquisitoire : « Comment leur expliquer que le pays que j’ai servi toute ma vie m’a oublié ? »

Refusant la fatalité, il appelle ses pairs à la résistance collective : de rompre le silence : « Ne laissez pas la honte ou la résignation vous paralyser>>, a t-il déclaré.

Vers un durcissement du conflit ?

En ciblant les leaders du collectif SOS Éducation, le gouvernement semble opter pour une stratégie de décapitation de la contestation. Pour l’heure, aucun communiqué officiel n’est venu préciser les motifs exacts de l’arrestation de M. Ndong Edzo.

Ce coup de force pourrait cependant s’avérer contre-productif. Si les autorités espèrent essouffler le mouvement, elles risquent au contraire de transformer ces leaders en martyrs et de catalyser une mobilisation nationale d’envergure. Le bras de fer est loin d’être terminé.

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