Au Gabon, l’obscurité n’est plus un accident. Elle est devenue une habitude imposée. Chaque jour, sans préavis, sans explication claire, des quartiers entiers plongent dans le noir total. À cela s’ajoutent les coupures d’eau répétées, parfois simultanées, qui transforment le quotidien des populations en un parcours d’endurance.
Il ne se passe désormais plus une seule journée sans que des familles dorment sans électricité. Des enfants font leurs devoirs à la lueur des téléphones, quand la batterie le permet. Des commerces ferment plus tôt, des aliments pourrissent dans les congélateurs, des appareils grillent sous l’effet des coupures brutales et des retours de courant anarchiques. La nuit, l’insécurité gagne du terrain, amplifiée par l’absence totale d’éclairage public.
L’eau, bien vital par excellence, suit la même logique d’irrégularité. Des robinets à sec pendant des heures, parfois des jours. Des ménages contraints de stocker, de rationner, de s’adapter comme en période de crise humanitaire. Dans certains quartiers, il faut choisir : se laver ou cuisiner.
Face à cette situation, la Société d’énergie et d’eau du Gabon communique peu, explique mal et agit encore moins. Les annonces de maintenance, lorsqu’elles existent, ne correspondent que rarement à la réalité du terrain. Les coupures surviennent à toute heure, sans distinction entre jour ouvrable, nuit ou week-end. La population subit, encaisse, sans visibilité ni calendrier fiable.
Ce qui choque le plus, ce n’est plus la panne en elle-même, mais sa banalisation. Dans un pays riche en ressources naturelles, vivre sans eau ni électricité devient la norme. Une anomalie transformée en système. Une défaillance structurelle que l’on demande aux citoyens d’accepter en silence.
Car derrière ces coupures se cachent des conséquences lourdes : baisse de productivité, fragilisation des petites entreprises, perturbation de l’éducation, mise en danger de la santé publique. Hôpitaux, centres de santé, ménages vulnérables : tous paient le prix d’un service public défaillant.
À force de coupures quotidiennes, ce n’est plus seulement le courant qui s’éteint. C’est la patience des Gabonais. Et la question n’est plus de savoir quand la lumière reviendra, mais combien de temps encore la population devra vivre dans cette obscurité devenue permanente.