La Guinée traverse actuellement une crise de liquidité qui met en lumière les fragilités structurelles de son système financier.
En Guinée, les sous se font rares, et cette carence affecte lourdement les activités de plusieurs citoyens. Dans un reportage écrit de DW, un dénommé Ousmane Bakayoko, responsable d’une société de communication, raconte son calvaire : « On avait eu besoin de faire un retrait de 100 millions. Nous avons passé toute la journée à chercher et c’est avec de fortes négociations, qu’on a pu décaisser 50 % du montant dans une autre banque. Mais il nous a fallu payer de l’argent, pour récupérer notre propre argent », il relate.
En effet, la galère se fait davantage plus sentir dans le banques centrale. « Nous sommes à nos points de vente, nos clients viennent mais ils souffrent énormément surtout pour le retrait », partage Balde Boubacar Siddy, opérateur de monnaie électronique basé en haute banlieue de Conakry. « Il n’y a pas d’argent. Nous aussi, quand on fait un retour chez nos partenaires, eux aussi disent qu’ils n’ont pas de liquidité », il ajoute.
Et pourtant, le mois dernier, le gouverneur de la Banque centrale, Karamo Kaba, niait toute crise de liquidité, parlant plutôt d’une « crise de billets ». Une position contredite par le Premier ministre de transition, Amadou Oury Bah, qui refuse toutefois une nouvelle impression de monnaie. Il assure que des mesures de sortie de crise ont été arrêtées, notamment pour restaurer la confiance entre les autorités et les opérateurs économiques. Des mesures qui tardent à se concrétiser, dans un pays où l’utilisation de la monnaie électronique reste encore limitée pour de nombreux citoyens.
La solution
Pour le professeur Amath Ndiaye, économiste à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) et partisan du franc CFA, la solution passerait par une adhésion de Conakry à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans une tribune publiée par Financial Afrik, l’enseignant-chercheur estime que « rejoindre le F CFA constituerait, pour la Guinée, une rupture stratégique ». Selon lui, la crise actuelle rappelle « la vulnérabilité chronique du franc guinéen », affaibli par les pressions inflationnistes et les déséquilibres bancaires récurrents.
À titre de comparaison, le Pr Ndiaye cite l’exemple de la Guinée-Bissau, qui avait intégré l’UEMOA en 1997 alors qu’elle traversait de fortes turbulences monétaires. Depuis, explique-t-il, Bissau bénéficie d’une inflation maîtrisée, d’une stabilité monétaire et d’une meilleure intégration financière et commerciale grâce à l’ancrage institutionnel de la BCEAO et au rattachement du F CFA à l’euro.
Pour l’économiste, Conakry pourrait, en faisant ce choix, renforcer sa crédibilité monétaire et attirer davantage d’investissements. Une telle décision accélérerait aussi le projet de monnaie unique de la CEDEAO, l’eco. Toutefois, prévient-il, elle impliquerait une renonciation partielle à la souveraineté monétaire, un choix hautement politique.