David MOKAYA, un étudiant kényan de 24 ans, a comparu jeudi devant un tribunal de Nairobi pour avoir diffusé sur X en novembre 2024, la photo d’une procession funèbre qu’il a décrite comme étant celle du président William Ruto.
L’outrageuse publication date du 13 novembre 2024, quelques mois après les manifestations de juin et juillet dernier contre les hausses d’impôts et la corruption. En effet, les forces de sécurité sont accusées par des groupes de défense des droits humains d’avoir tué au moins 60 personnes, pour la plupart de jeunes adultes, à cette occasion et d’en avoir enlevé des dizaines d’autres.
David Mokaya avait diffusé sur X une photo d’un cortège funèbre avec la légende : « le corps du président William Ruto quitte les pompes funèbres de Lee » – une entreprise de Nairobi. Selon l’avocat du jeune homme, les poursuites à son égard constituent « une atteinte à la liberté d’expression ». « On usurpe le droit à notre client (…) en tant que citoyen kényan d’exprimer ses opinions politiques, de formuler des satires politiques (…) et de critiquer le chef de l’État ».
Lors de la dernière audience, jeudi, l’affaire a été rapidement repoussée au 31 juillet.
Lutte contre la désinformation ou suffocation de la liberté d’expression ?
En décembre, au moins deux personnes ont disparu après avoir partagé des photos générées par l’intelligence artificielle de William Ruto allongé dans un cercueil. Un autre, le dessinateur Gideon Kibet – alias Kibet Bull – avait publié des caricatures du président, mais après avoir été enlevé puis libéré, il a déclaré qu’il cesserait.
Les groupes de défense des droits humains imputent ces enlèvements à une unité secrète issue des services de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Le gouvernement et la police ont démenti toute responsabilité.
En avril, la police a tiré des gaz lacrymogènes près d’étudiantes à un festival de théâtre. La pièce qu’elles devaient jouer – qui pouvait passer pour une satyre de l’exécutif après les violences de juin et juillet – avait été interdite par le gouvernement, une décision suspendue par la justice. A la fin de ce même mois, les autorités ont exercé « des pressions » pour empêcher la projection dans un cinéma de Nairobi d’un reportage de la BBC identifiant des agents des forces de sécurité kényanes ayant tiré sur la foule en juin et juillet.
De plus, quatre cinéastes indépendants, qui selon la BBC n’étaient pas impliqués dans le reportage, ont ensuite été arrêtés début mai pour « fausses informations ».