Entamée le 25 juillet 2026 au Maroc, entre Rabat et Casablanca, la 14ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des nations féminine se présente comme une véritable réussite organisationnelle. Pour la première fois, la compétition réunit 16 sélections, offrant à davantage de nations l’opportunité de disputer le plus grand tournoi continental. À cela s’ajoutent les efforts de la Confédération africaine de football (CAF), qui a renforcé sa stratégie de développement à travers une communication numérique plus soutenue, une meilleure mise en avant des joueuses et une revalorisation des dotations sportives. Autant d’initiatives qui contribuent à accroître la valeur et la crédibilité de la compétition.
Pour autant, ces divers aboutissements en termes d’organisation n’aident encore en rien à créer un engouement populaire. Avec des tribunes parfois clairsemées, une visibilité médiatique encore inégale dans plusieurs pays africains et un investissement commercial plus limité que pour la CAN masculine, le football féminin poursuit encore sa quête d’un public plus large. Mais cette discrétion signifie-t-elle forcément que la compétition ne passionne personne ? Car en effet, derrière des stades qui ne font pas toujours le plein se cache tout de même un public bien réel de l’événement sportif.
LE ROUGE est allé à la rencontre de quelques profils appréciant, chacun à leur manière, la CAN Féminine et tout ce qu’elle a à offrir.
Le succès peut avoir un tout autre décor, bien au-delà du spectaculaire. Car si l’on met de côté ces différentes caractéristiques que nous jugeons représentatives de ce à quoi est supposé ressembler un événement réussi, entre les stades pleins, des millions de téléspectateurs, des sponsors omniprésents et des chiffres records, l’on découvre très vite que l’on peut également mesurer le succès d’un rendez-vous par sa progression constante, une organisation solide et la capacité d’une compétition à construire, année après années un public fidèle.
L’histoire de la CAN féminine est, au fond, celle d’une compétition qui a longtemps existé dans l’ombre, avant de commencer à progressivement s’imposer et de gagner un public passionné qui l’accompagne jusqu’alors. Sa reconnaissance discrète, loin d’être aussi colossale que celle des tournois d’hommes, ne doit surtout pas être confondue avec de l’insuccès, mais doit plutôt être considérée comme une réserve, un succès discret dont un public précis profite. Car oui, la CAN féminine a une audience encourageante, inaperçue mais bel et bien présente.
Un public différent, mais pas totalement opposé
» J’apprécie le football. C’est le sport le plus populaire au monde … «
Au Gabon, nous avons communiqué avec Plenn OKOME, plus connue du public sous la désignation « Femme de sport ». La jeune femme est une blogueuse sportive dévouée, enseignante de français et volleyeuse, qui s’investit sans relâche dans la promotion du sport féminin à travers son blog.
Au Cameroun, c’est avec Fortune Nzina que nous avons eu la chance d’échanger. L’étudiante en master 2 de communication publique à l’université de Douala est une grande fan de football, qui est pour elle un divertissement bénéfique pour la détente après une longue journée. « Quand je rentre et que je me pose devant mes matchs, ça me permet de déstresser et d’oublier toute la charge mentale que j’ai eue durant toute la journée », nous a-t-elle confié.
Et enfin, nous avons discuté avec Michel OUATTARA, 35 ans et résidant en région parisienne (France). Il est diplômé d’un master 2 en mathématiques des données et crée également en ligne des contenus sportifs particulièrement centrés sur le football. Sur son compte TikTok baptisé « La Riposte », il analyse principalement le football africain, avec un intérêt particulier pour les sélections nationales et le football sénégalais.
Des profils distincts, pourtant rapprochés par un amour sans faille pour le football, et ceci peu importe qui le joue sur le terrain. En effet, ayant déjà une opinion hautement positive de cette discipline, nos trois intervenants ne s’interdisent pas de consommer et de supporter tout ce qui concerne ce sport, allant jusqu’à être spectateurs de la CAN féminine, dont chacun félicite l’amélioration.
« Le football féminin pour moi est en très gros développement … on a des équipes qui sont un peu plus coriaces, qui se renouvellent avec de la jeunesse, donc ça veut dire que des jeunes femmes, des jeunes filles s’intéressent de plus en plus au foot. Et avec cette dynamique là, je pense que le football féminin va continuer à se développer parce que il y a un très gros potentiel caché derrière cette discipline … », a commenté Fortune NZINA, rejoignant l’idée de Plenn OKOME qui porte, elle aussi, « un regard très positif sur le football féminin ». « Son niveau technique et tactique progresse constamment, et les joueuses démontrent un professionnalisme remarquable », nous a-t-elle exprimé.
Le charme de la CAN Féminine
La question n’est pas de savoir pourquoi nos trois parties prenantes regardent la 14e édition de la CAN féminine 2026 ; la véritable interrogation est plutôt : pourquoi pas ? Si nos intervenants pistent de très près cette compétition, c’est pour des raisons loin d’être incongrues ou inhabituelles ; en fait, les motifs sont évidents.
« Qu’est-ce qui me donne envie de regarder la canne féminine ? c’est parce que c’est d’abord du football … »
Nos répondants suivent attentivement la compétition à travers les réseaux sociaux, les retransmissions télévisées et les plateformes de streaming. Si les tribunes ne reflètent pas toujours l’intérêt suscité par la compétition, tout porte à croire que le public de la CAN Féminine semble particulièrement actif dans les espaces numériques, où les matchs, les analyses et les réactions circulent plus facilement. « Les réseaux sociaux permettent de suivre les matchs gratuitement et instantanément, ce qui favorise les réactions en ligne. En revanche, se rendre au stade nécessite du temps, un budget et une véritable culture de soutien au football féminin, qui reste encore à développer dans plusieurs pays africains. Une communication insuffisante autour de la compétition explique aussi cette faible affluence », énonce Plenn OKOME.
Pour Michel OUATTARA, en plus de respecter le fait que c’est la plus grande compétition féminine du football africain, suivre ce championnat lui permet également « de découvrir de nouveaux talents et de mesurer les progrès réalisés par les différentes nations ». « Je considère qu’il est important de donner de la visibilité à toutes les composantes du football africain, qu’il soit masculin ou féminin », il nous a confié. Un mobile que Plenn OKOME partage tout autant : « Cette compétition met en lumière les meilleures joueuses africaines et témoigne de l’évolution du football féminin sur le continent. C’est aussi une occasion de valoriser les talents africains et d’encourager les jeunes filles à pratiquer ce sport », elle affirme.
Pour Fortune NZINA, elle, le sexe des joueuses ne changent aucunement le fait que ça reste du football avant tout. Mais encore, étant elle-même une femme, elle souhaite se montrer présente pour les autres : » Je pense que je dois être la première personne à m’y intéresser, je ne peux pas attendre des hommes mettent en avant ce que les femmes font … je regarde donc parce que c’est du football et parce que ce sont des femmes qui sont en train de faire ce qui était jugé autrefois comme des métiers ou des loisirs pour hommes. Donc pourquoi ne pas regarder et encourager à sa façon ?« , a-t-elle expliqué.
Une popularité encore à construire
Si tous s’accordent à reconnaître les progrès accomplis par la CAN féminine, la question de sa popularité suscite des analyses plus nuancées.
« À mon humble avis, il faut aussi reconnaître que la culture du football féminin est encore en construction dans plusieurs pays africains »
Pour Plenn OKOME et Michel OUATTARA, la compétition souffre encore d’un déficit de visibilité. Tous deux regrettent une couverture médiatique insuffisante, un investissement commercial plus timide que pour les compétitions masculines et une communication qui peine encore à toucher un public plus large. « Pourtant, le niveau de jeu est de plus en plus élevé et mérite une reconnaissance bien plus importante », estime la blogueuse gabonaise. Michel OUATTARA partage ce constat et rappelle que, dès que les rencontres gagnent en enjeu ou que les réseaux sociaux s’en emparent, l’intérêt du public devient bien réel. « Le potentiel est donc bien réel », résume-t-il.
Fortune NZINA apporte cependant un regard différent. À ses yeux, la CAN féminine bénéficie aujourd’hui d’une exposition plus importante que lors des éditions précédentes. Elle salue notamment les efforts de communication de la CAF sur les plateformes numériques et considère que l’attention accordée à la compétition est, pour l’instant, relativement cohérente avec son stade de développement. Selon elle, la progression du niveau de jeu contribuera naturellement à séduire davantage de supporters au fil des années.
Malgré ces nuances, un point rassemble nos trois intervenants : la popularité de la CAN féminine ne pourra pas reposer uniquement sur les quinze jours de compétition. Elle se construit tout au long de l’année. Au regard de Plenn OKOME, cela passe par des campagnes de communication plus ambitieuses, une implication accrue des médias, des créateurs de contenus, des influenceurs et des anciennes joueuses, mais aussi par des billets accessibles et des animations capables de faire du match une véritable expérience.
Michel OUATTARA insiste, lui, sur la nécessité d’investir durablement dans les championnats féminins nationaux. Selon lui, une grande compétition ne peut réellement s’imposer que si elle s’appuie sur des compétitions locales solides, capables de faire émerger des joueuses connues et de fidéliser un public. Il ajoute que la promotion de l’évènement doit « agir tout au long de l’année et pas uniquement pendant la compétition ».
Quant à Fortune NZINA, elle rappelle qu’aucune popularité ne se décrète. Les spectateurs recherchent avant tout de l’émotion, de l’intensité et du spectacle. Plus le niveau de jeu continuera de progresser, plus le football féminin africain gagnera naturellement en visibilité.
Finalement, la CAN féminine 2026 semble illustrer une réalité souvent oubliée : le succès ne se mesure pas uniquement au nombre de sièges occupés dans un stade. Il se lit aussi dans les progrès réalisés, les habitudes qui se créent et la fidélité d’un public qui, sans faire beaucoup de bruit, choisit déjà d’accompagner la compétition. Discret aujourd’hui, ce public pourrait bien être le premier bâtisseur de la popularité de demain.