Au Gabon, le manioc est bien plus qu’un simple aliment de base. Surnommé « l’or blanc », il représente une véritable opportunité économique pour de nombreuses familles. Derrière chaque bâton de manioc vendu sur les marchés se cache un travail rigoureux, souvent méconnu du grand public. Pourtant, ce produit peut générer des bénéfices considérables et offrir une voie prometteuse pour l’entrepreneuriat local. Le Rouge est allé à la rencontre d’une femme courageuse dans la commune d’Akanda pour observer de plus près la fabrication de cet or blanc (manioc, chikwangue).
Un processus de fabrication exigeant
Transformer le manioc brut en un produit prêt à la consommation nécessite plusieurs étapes physiques et techniques. Tout commence par l’achat des tubercules, généralement vendus en sacs. Solange TCHIBINDA, une femme entrepreneuse, témoigne :
« Je prends un sac de manioc à 15 000 francs et je peux faire un bénéfice allant jusqu’à 200 000 francs. »
Mais avant d’atteindre un tel chiffre, il faut passer par plusieurs étapes essentielles.
D’abord, le manioc est épluché avec soin, puis lavé minutieusement pour éliminer les impuretés. Ensuite, les tubercules sont trempés dans l’eau pendant une durée pouvant aller jusqu’à trois jours, selon l’expérience et la technique de la productrice. Cette phase est cruciale, car elle influence directement la qualité du produit final.
Après le trempage, le manioc est râpé à l’aide d’un outil spécifique appelé « râpe », une tâche particulièrement éprouvante. La pâte obtenue est ensuite placée dans des sacs pour en évacuer l’eau résiduelle. Une fois bien sèche, elle est cuite dans des feuilles spécifiques pour donner naissance au fameux bâton de manioc, tant apprécié des consommateurs.

Un travail pénible mais rentable
La transformation du manioc est une activité exigeante qui sollicite énormément le corps. Pourtant, pour celles et ceux qui s’y consacrent, les bénéfices peuvent être considérables. Madame Solange et sa fille Kady, productrices locales, partagent leur expérience :
« Faire du manioc peut être pénible, mais cela permet de gagner de l’argent très vite. J’ai des clients fidèles qui achètent en grande quantité parce que mon manioc n’est ni acide, ni caillouteux, n’a pas d’odeur forte et a une couleur irréprochable. »

La fidélité des clients repose avant tout sur la qualité du produit. Un manioc bien préparé, sans acidité ni texture granuleuse, trouve facilement preneur et assure aux productrices un revenu stable.
Un levier pour l’entrepreneuriat féminin
L’activité liée au manioc est principalement portée par des femmes qui, grâce à ce commerce, parviennent à subvenir aux besoins de leur famille. Avec des bénéfices pouvant dépasser dix foisl’investissement initial, cet or blanc constitue une solution efficace pour lutter contre le chômage et encourager l’entrepreneuriat local.
Cependant, l’amélioration des conditions de travail des productrices reste un enjeu majeur. La modernisation des outils de transformation et un meilleur accès aux financements pourraient rendre cette activité plus attractive et moins éprouvante physiquement.
Le manioc, produit phare du Gabon, est bien plus qu’un simple aliment. Derrière sa fabrication se cache un potentiel économique considérable, capable d’offrir une indépendance financière à de nombreuses familles. Bien que son processus de production soit exigeant, celles et ceux qui s’y consacrent en tirent des bénéfices intéressants. Avec un soutien adapté, cet or blanc pourrait devenir un moteur encore plus puissant du développement local et de l’entrepreneuriat au Gabon.