Un projet de loi porté par le député du Mouvement populaire, Idriss Sentissi, propose la création d’une agence nationale dédiée à la gestion des cimetières musulmans, avec en toile de fond une réforme structurelle mêlant planification territoriale et transformation numérique.
Le chantier, longtemps relégué au second plan des politiques publiques, refait surface avec une ambition claire : sortir la gestion des cimetières au Maroc de l’improvisation chronique pour l’inscrire dans une logique de gouvernance moderne. En effet, un fort constat documentés de la Cour des comptes pousse à cette initiative : saturation des espaces funéraires, absence de vision foncière à long terme, disparités territoriales marquées et faiblesse des outils de suivi.
Ainsi, le texte que tient à proposer le député du Mouvement populaire, Idriss Sentissi, mise sur l’aménagement d’un établissement public doté de la personnalité morale et de l’autonomie financière, basé à Rabat et placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Cette future agence aurait pour mission de piloter la stratégie nationale en matière de gestion des cimetières, en veillant notamment à garantir la disponibilité du foncier nécessaire, anticiper les besoins et harmoniser les standards d’aménagement et d’entretien.
Au cœur du dispositif, la question du foncier apparaît comme un levier central. Le projet prévoit d’élargir les marges d’action de l’agence, en lui permettant de mobiliser différentes réserves foncières – qu’elles relèvent de l’État, des habous, des collectivités ou encore des terres collectives – mais aussi de recourir, si nécessaire, à la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique. L’objectif affiché est d’éviter les situations d’urgence qui conduisent à l’ouverture de nouveaux espaces dans des conditions précaires ou non planifiées.
Au-delà de sa dimension institutionnelle, le projet de loi introduit une innovation majeure : la création d’un registre national numérique des sépultures. Cette plateforme centralisée permettrait, pour la première fois, de recenser et géolocaliser les tombes à l’échelle nationale, facilitant ainsi l’accès à l’information pour les familles et améliorant la traçabilité des opérations d’inhumation. Cette digitalisation vise également à répondre à un enjeu de transparence et d’anticipation. En disposant de données actualisées sur le taux de remplissage des cimetières, les autorités pourraient mieux planifier l’ouverture de nouveaux sites et éviter les situations de saturation brutale. Elle offrirait par ailleurs un cadre plus rigoureux pour la gestion des concessions, des réservations et des procédures liées à l’inhumation.
Dans cette logique, l’agence serait chargée de définir des normes nationales en matière d’équipement, de maintenance et d’organisation des cimetières, tout en élaborant des guides pratiques à destination des collectivités territoriales. L’ambition est d’unifier les pratiques sur l’ensemble du territoire, tout en tenant compte des spécificités locales.