À Libreville, la Journée internationale de l’Iboga a pris des allures de moment historique. Entre traditions ancestrales et ambitions scientifiques, le Gabon a rappelé au monde que cette plante sacrée n’est pas une découverte récente, mais un héritage vivant.
Longtemps cantonnée aux rites du Bwiti et aux savoirs traditionnels, l’Iboga s’invite désormais dans les cercles scientifiques et politiques internationaux. Les 12 et 13 janvier à Libreville, la toute première Conférence internationale sur l’Iboga et l’Ibogaïne a marqué un tournant symbolique : celui où le monde commence à regarder autrement une plante que le Gabon respecte et transmet depuis des générations.
Dès l’ouverture des travaux, l’atmosphère était solennelle. Autour de la table, des personnalités de premier plan ont répondu présentes : le Premier ministre Paul Biyoghé Mba, le ministre des Eaux et Forêts, le ministre de la Culture, des directeurs généraux, conseillers spéciaux, partenaires internationaux et acteurs de terrain. Une mobilisation qui illustre l’importance désormais accordée à l’Iboga, non seulement comme plante médicinale potentielle, mais aussi comme patrimoine culturel et enjeu stratégique.
Une reconnaissance attendue
Cofondateur de la conférence, Stéphane Lasme a donné le ton dans son discours d’ouverture, rappelant avec force que le Gabon est bien plus qu’un simple hôte de l’événement.
« Le Gabon n’est pas seulement un pays riche de sa biodiversité et de sa culture ; il est le berceau ancestral de l’Iboga, une plante sacrée dont la sagesse et la puissance thérapeutique sont transmises depuis des générations par les peuples et les traditions du Bwiti », a-t-il déclaré .
Pour beaucoup d’observateurs, cette phrase résume l’esprit même de la rencontre : rendre à l’Iboga sa place d’origine, tout en ouvrant la voie à une reconnaissance mondiale.
Entre sacré et science

Si l’intérêt international pour l’ibogaïne principal alcaloïde de la plante ne cesse de croître, notamment pour ses usages potentiels dans le traitement des addictions et des troubles psychiques, les organisateurs ont tenu à rappeler que cette avancée ne peut se faire sans respect des racines culturelles.
« Il ne s’agit pas seulement de développer une molécule ou une industrie, mais de bâtir un pont entre les savoirs ancestraux et la science moderne », a insisté Stéphane Lasme .
Cette volonté d’équilibre a traversé l’ensemble des échanges : comment permettre à la recherche d’avancer, sans dénaturer une pratique spirituelle profondément enracinée ? Comment ouvrir l’Iboga au monde, sans en priver ceux qui en sont les dépositaires historiques ?
Une plante devenue enjeu d’État

La présence remarquée des autorités gouvernementales a donné à la conférence une dimension politique assumée. À travers les discours officiels, notamment celui du ministre en charge de l’Environnement relayé par les médias publics, l’Iboga est apparue comme un nouvel objet de souveraineté : à la fois ressource naturelle à protéger, patrimoine culturel à préserver et opportunité de développement à encadrer.
Dans son allocution, Stéphane Lasme a d’ailleurs souligné cette nécessité d’un cadre clair et partagé :
« Notre ambition est de produire, étudier et partager l’Iboga et l’Ibogaïne de manière responsable, durable et équitable, en travaillant main dans la main avec les décideurs publics, les chefs traditionnels, les guérisseurs, les chercheurs et les entrepreneurs » .
Un message qui trouve un écho particulier dans un contexte où la demande mondiale pour l’ibogaïne augmente, parfois au détriment des communautés locales.
Le Gabon, carrefour du dialogue mondial

Pendant deux jours, Libreville s’est ainsi transformée en épicentre du débat international sur l’Iboga. Scientifiques, experts en politiques publiques, leaders d’opinion et acteurs de terrain ont échangé sur des sujets aussi sensibles que :
• les cadres réglementaires au Gabon et à l’étranger,
• la recherche scientifique locale,
• les protocoles traditionnels et modernes de soin,
• les enjeux écologiques et culturels liés à la préservation de la plante.
Pour les organisateurs, cette diversité d’acteurs n’est pas anodine : elle traduit la volonté de faire de l’Iboga un projet collectif, et non l’affaire exclusive de laboratoires ou d’intérêts économiques extérieurs.
Une fierté, mais aussi une responsabilité
Au-delà des discours et des panels, la Journée internationale de l’Iboga a surtout résonné comme un moment de fierté nationale. Celle de voir une pratique longtemps marginalisée devenir un sujet de respect et d’intérêt mondial. Mais cette reconnaissance s’accompagne d’une lourde responsabilité : protéger l’Iboga contre la surexploitation, éviter sa marchandisation abusive et garantir que les peuples qui en ont préservé l’usage restent au cœur des décisions.
« Honorer le passé, agir avec responsabilité aujourd’hui, et ouvrir une nouvelle ère de guérison pour demain », a conclu Stéphane Lasme .
Quand le local devient universel
À Libreville, cette journée n’a donc pas été qu’un événement de plus dans l’agenda des conférences internationales. Elle a symbolisé un moment rare : celui où le local rejoint l’universel, où une plante enracinée dans la spiritualité gabonaise devient un sujet de réflexion mondiale.
L’Iboga n’est plus seulement une plante. Elle est désormais un symbole : celui d’un patrimoine qui entre dans la modernité sans renier son âme, et d’un Gabon qui rappelle au monde que certaines richesses ne se découvrent pas dans les laboratoires, mais se transmettent d’abord dans la mémoire des peuples.