Le 13 janvier 2026, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des activités ont été suspendues dans la ville de Butembo dans le Nord-Kivu, en raison d’un appel des mouvements citoyens encourageant à une journée sans activités pour protester contre l’insécurité et dénoncer l’inaction des autorités locales. Cette manifestation pacifique a été d’une réussite dérangeante, mettant une pression énorme sur les épaules du gouverneur militaire du Nord-Kivu Evariste Somo Kakule, qui a eu à présenter publiquement une réaction hostile face à cette initiative. LE ROUGE s’est rapproché du défenseur des droits de l’homme et militant de la LUCHA, un mouvement citoyen congolais, Mwamisyo Ndungo King, pour davantage de clarification.

Le danger règne en maître à Butembo, importante ville commerciale située dans le Nord-Kivu, dirigé par un maire policier depuis l’instauration du régime spécial d’état de siège en mai 2021. En dépit d’une présence armée imposante, le quotidien de la population connaît une dégradation extrême et continuelle, affaiblissant de jour en jour sa sécurité et piétinant la justice. « La population en ville de Butembo est exposée aux multiples dangers dont kidnappings, assassinats ciblés, meurtres, extorsions des biens par des éléments de l’ordre (policiers) », nous révèle à Mwamisyo Ndungo King, défenseur des droits de l’homme et militant de la LUCHA.
» Cette protestation n’est pas suffisante«
Très fier du ras-le-bol ingénieusement exprimée par la société civile de Butembo le 13 janvier 2026, Mwamisyo Ndungo King souhaite tout de même se montrer honnête : » Cette protestation n’est pas suffisante« , il admet. D’après lui, cette manifestation reste le seul moyen pacifique à la disposition de la population pour exprimer ce qu’elle pense sur la gestion publique en province du Nord-Kivu. Mais, insuffisante soit-elle, cette action a quand même conduite à une réponse directe du gouverneur militaire Evariste Somo Kakule, qui a avertit vouloir « traquer et sanctionner sévèrement » toute personne ou structure impliquée dans l’organisation de ces journées de paralysie. « Aucun groupe ne peut prendre la population en otage sous prétexte de revendications. Toute tentative de sabotage de l’ordre public sera considérée comme une atteinte à la stabilité de l’État », a martelé le général Somo Kakule.

Ce n’était guère la réaction recherchée, mais cette riposte amère est un témoignage fort de l’impact et de l’utilité de la « ville morte ». « Le fait que le Gouverneur s’indigne de la journée ville morte prouve que les autorités ont senti la pression populaire sur eux et, je pense, s’ils en sont capables, vont se mettre au travail pour trouver une solution appropriée à ce problème sécuritaire dans la ville de Butembo », se réjouit Mwamisyo Ndungo King. Pour autant, les paroles dures du monsieur en uniforme n’est pas à prendre à la légère, d’autant plus qu’il a menacé de dissoudre les mouvements citoyens responsables de cette manifestation. Au regard de notre source, non seulement ceci est « une tentative de museler davantage les voix critiques ce qui est une atteinte aux droits et libertés fondamentaux, mais c’est également « une invention de sa part car il n’a ni la qualité ni la légitimité de dissoudre un mouvement citoyen », en du général.
» … les autorités interdisent toute manifestation populaire qui va dans le sens de dénoncer leur incompétence »
La population de Butembo ne réclame rien d’exceptionnelle, mais semblerait-il que veiller à la stabilité sociale et sureté de la ville soit un défi compliqué pour les autorités. » Ce qui explique leur impuissance c’est juste parce qu’ils n’ont pas été préparés pour gérer », clame le militant, « le mieux pour eux serait de reconnaître leur faiblesse et de démissionner tout simplement. Ils ne manquent de rien pour mettre fin à l’insécurité, mais ils sont toujours incapables d’y mettre fin ».