République de Guinée :  » En Afrique, il faut redonner toute sa dignité à la profession enseignante … », selon Mohamed Roméo Bangoura

Immédiatement approché le jeudi 11 juin 2026 par le journal LE ROUGE, après la dissémination à grande échelle d’une vidéo montrant un incident scandaleux entre une jeune élève du Groupe scolaire HAMAS et un enseignant, Mohamed Roméo Bangoura — responsable en charge de la communication du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) — s’est exprimé sans artifice sur l’irrespect et le manque de considération manifestes auxquels font face les professionnels de l’enseignement. En effet, sur le sol africain, le métier d’enseignant pâtit malheureusement d’une faible valorisation institutionnelle, d’un manque de reconnaissance sociale et de moyens, accentués par la précarité salariale et les grèves récurrentes dans de nombreux pays du continent.

Ces divers dysfonctionnements ont un impact plus grave que l’on ne pourrait imaginer sur la réputation d’une fonction pourtant prestigieuse et indispensable au développement social d’une nation.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) :  M. Bangoura, dites-moi, qu’est-ce que vous appréciez autant dans le domaine de l’enseignement?

Mohamed Roméo Bangoura :La relation entre apprenants et encadrants, surtout le personnel enseignant, est une relation fraternelle et sincère qui nous permet ici de construire un avenir radieux pour nos différentes nations, en mettant à disposition de la République un certain nombre de cadres dévoués au développement économique de nos divers pays. C’est cette relation là, entre enseignants et apprenants, qui nous amène le plus souvent à bien faire et à mieux faire.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) : Et dites-moi, quel genre de réputation et de renommée détiennent réellement les professionnels de l’enseignement en Guinée, ou même sur le sol africain, d’après vous ?

Mohamed Roméo Bangoura :Bien, en général, la pauvreté chez nous en Afrique fait que le plus souvent la corporation enseignante est méprisée, parce que pour tous les apprenants et les parents d’élèves, ceux qui s’adonnent au métier d’enseignant sont considérés comme des personnes ayant décidé d’embrasser la pauvreté ; ce qui fait que ce métier noble et ces citoyens d’honneur que j’appelle « enseignants » ne sont pas le plus souvent considérés. Le métier n’est pas attrayant, le métier est désormais synonyme de pauvreté, et c’est quelque chose auquel nous devrions tenter d’y mettre fin en essayant non seulement de revaloriser la profession enseignante, mais surtout de la rendre plus attrayante.

Nul ne rêve désormais de devenir enseignant. Le plus souvent les jeunes, en raison d’un taux de chômage très élevé et n’ayant pas les moyens d’émigrer, préfèrent pour le moment intégrer le corps enseignant, non par vocation, mais plutôt pour ne pas mourir de faim. Nous, nations africaines, devrions tenter de combattre cela. Les difficultés des enseignants en Afrique ont des explications évidemment plus larges.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) : Le problème est aussi médiatique, surtout lorsque l’on parle majoritairement des enseignants comme étant des grévistes. Il y a également le manque de considération sociale, les conditions de travail compliquées, la précarité, sans oublier le développement de l’Internet, puis de l’intelligence artificielle (IA) qui menacent aussi ce statut, vu que l’on pense désormais que ces outils ont plus d’informations qu’un enseignant. 

Alors, nous aimerions savoir M. Bangoura, au-delà de la connaissance, qu’est-ce que les enseignants ont encore à offrir que nous ignorons ?

Mohamed Roméo Bangoura : Rappelons que la personne humaine, quelles que soient les facultés et les bienfaits de l’intelligence artificielle, a toujours une part de pouvoir dans la production. Il est vrai qu’aujourd’hui, tout le monde parle de l’IA, mais l’enseignant a toujours le dernier mot. Et il faut dire que la pédagogie en elle-même n’est pas une science. Il y a la manière d’apprendre et la manière de transmettre et d’instruire nos messages aux apprenants. D’ailleurs, à cause de cette pauvreté que nous vivons, beaucoup d’enfants aujourd’hui n’ont pas accès à l’outil informatique, une circonstance prouvant l’incontournable utilité d’avoir toujours des instituteurs.

Aussi, il y a quand même des travaux invisibles dans l’enseignement.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) : Justement, en parlant de ça, est-ce qu’il y a évidemment des activités que font des enseignants même en dehors des salles de classes, qui pourraient également démontrer à quel point ils participent au développement de la jeunesse ?

Mohamed Roméo Bangoura :Oui, parce que vous savez, en Afrique nous avons une tradition basée sur le respect de la personne âgée. L’enseignant peut servir de limite à ne pas franchir pour l’élève, l’empêchant par exemple de fréquenter des lieux dangereux ou des personnes douteuses. Auparavant, les jeunes élèves avaient peur de croiser sur leur chemin un professeur du lycée, parce que sa simple présence inspirait l’autorité. C’est pour ça que ce métier d’enseignant doit être de nouveau revalorisé, redevenir une véritable  priorité pour le gouvernement.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) : Je posais cette question plus tôt : « D’où et comment doit venir le respect envers cette profession ? » C’est notre thème central et j’aimerais vous demander M. Bangoura, le respect envers les enseignants est-il une sorte de dette que la société leur doit, ou bien serait-ce une chose qu’ils se doivent continuellement d’essayer de mériter et d’entretenir ? 

Mohamed Roméo Bangoura : Oui, je peux aller sur ces deux axes. C’est d’abord remettre les pieds sur terre : c’est une dette que la société doit envers les enseignants. Vous savez, ouvrir les portes des écoles, c’est fermer les portes de plusieurs prisons, c’est pourquoi il faudrait se pencher à une meilleure condition de travail tout en garantissant une rémunération décente. Il faut aussi que les parents et les communautés reconnaissent le rôle essentiel de l’enseignant dans la formation des citoyens et le développement de la nation.

Sans ces enseignants, moi je pense, pour ma part, que nous allons vivre en basse clause et que ce monde risque bien de devenir un monde où primera l’anarchie et le barbarisme. Non seulement, nous donnons l’éducation, nous les formons et nous leur apprenons le savoir-vivre et le savoir-faire. La société doit se montrer juste envers les enseignants.

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) :  Et dans le cas des mauvais enseignants ? Si il y en a évidemment. 

Mohamed Roméo Bangoura : Nous n’avons pas de mauvais enseignants. Ce qui rend un enseignant mauvais, impraticable, c’est la condition de travail non-adéquate avec une rémunération très faible. La politique gouvernementale mise en place relègue le plus souvent les défis que traverse l’enseignant à la dernière place et se refuse d’améliorer sa condition de vie, de redresser de la meilleure des façons son environnement de travail. Ceci entraîne le plus souvent des mouvements, des contestations, des grèves particulières et incessantes ; lorsque vous prenez les différentes plateformes revendicatives, précisément en Guinée, ces plateformes visent généralement ces problèmes dont je viens de vous parler. 

Pour ramener ce fameux respect envers le corps enseignant, il faut régler ces différentes complications et investir de temps en temps dans la formation initiale et continue des professeurs. Assurer leur protection juridique et morale dans l’exercice de leurs fonctions et promouvoir aussi le dialogue social entre les syndicats des enseignants et les autorités. Et j’insiste lourdement sur « la protection « , car il faut accepter de le dire, il y a une démission qui s’observe dans la responsabilité familiale, il y a un vrai manque de contrôle parental. Et donc, les écoles en viennent à gérer dans les salles de classe des apprenants difficiles et potentiellement dangereux pour les enseignants (violence).

Chancelle NZANG NGOMO (CNN) : Nous atteignons la fin de notre échange. Est-ce que vous avez une dernière parole à partager à notre audience ?

Mohamed Roméo Bangoura : Eh bien, Chers Audiences, allez comprendre que l’enseignant est le bâtisseur du capital humain. Aucun pays ne peut se développer sans une école et aucun système éducatif ne peut être performant sans des enseignants respectés.

En Afrique, il faut redonner toute sa dignité à la profession enseignante et cela doit être primordial. Évitez de faire croire que l’enseignant est un paria, évitez de faire croire que l’enseignement est une pratique pauvre et pas honorable du tout. Il faut inculquer dans la mentalité de ses parents et des élèves que ce travail est noble.

Moi, je pense pour ma part que nous ne devons plus continuer cette appellation d’enseignant, mais il faut plutôt les appeler les citoyens d’honneur. Nous avons toujours eu la présence et nous sommes les véritables partenaires du capital humain.

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