Le 07 avril 2026, une liste de médias bénéficiaires du fond d’appui de la presse a été publiée. Pour la journaliste Sokhna Astou Diouf, les sommes exorbitantes qui y sont affichées témoignent d’un traitement quasi-injuste des reporters par certains journaux.
La liste tout récemment publié des bénéficiaires du fond d’appui de la presse engendre un sérieux débat. On compte 7 médias de la Presse écrite qui ont bénéficié de l’aide, avec un montant total de 106 millions F CFA, tandis qu’un montant de 326 millions 800 mille F CFA a été distribué à la presse en ligne et qu’une enveloppe de 157 millions 500 mille francs CFA a été partagé entre 5 chaines de Télévisions. Pour les radios commerciales, le montant total distribué atteint 96 millions 250 mille F CFA pour quatre Radios. Au total, 164 bénéficiaires ont été retenus, dont 127 radios communautaires et 37 entreprises de presse : 21 en ligne, 7 titres de presse écrite, 5 télévisions et 4 radios commerciales.
Des subventions démesurés, mais qui ne semblent nullement atteindre ni même se faire sentir auprès des employés. C’est ce que révèle la journaliste de profession Sohkna Astou Diouf qui, dans un récent post Facebook, a publiquement laissé entendre être favorable à « la suppression définitive de cette « aide » à la presse », expliquant « qu’elle continue d’enrichir les patrons pendant que les jeunes reporters et travailleurs des médias s’enfoncent dans une précarité révoltante ». Elle énonce : « En tant que journaliste et reporters, je milite pour la fin de ce système qui ne profite pas aux artisans de l’information ».
Curieuse de découvrir comment est généralement reparti de tel financement, l’éditorialiste raconte avoir déjà approché un doyen et patron de presse sur l’opacité de cette aide. Elle relate : « Ma question était simple :« Pourquoi les travailleurs ne sentent jamais l’impact de cet argent ? » Entre les retards de salaires chroniques, l’absence totale de couverture maladie, les impôts prélevés mais jamais reversés, et ce statut d’éternel stagiaire sans même les frais de transport… la coupe est pleine. Sa réponse m’a glacée : « L’aide ne sert pas à payer les employés, mais à acheter du matériel, améliorer la logistique et la production ».
Les réalités du terrain expérimentés par les professionnels des médias sont donc ignorés pas la direction, et l’une d’elles touchent particulièrement à l’autofinancement. En effet, d’après Astou Diouf, « les reporters qui gagnent des prix aujourd’hui s’autofinancent souvent pour leurs enquêtes », ne pouvant malheureusement pas compter sur le soutien du bureau. « De quel matériel parle-t-on ? Dieu seul sait ce que nous vivons sur le terrain par manque de moyens techniques. Si certains médias produisent encore de la qualité, on les compte sur les doigts d’une main. Ce n’est ni l’intelligence, ni le talent qui manque, mais un appui réel », elle note.