Sénégal : « le suicide est une réalité au Sénégal », le professeur Aida SYLLA conscientise les sénégalais

    La professeure Titulaire des Universités en Psychiatrie d’Adultes à Cheikh Anta Diop, Aida SYLLA, a récemment discuté en ligne de l’immense déni des citoyens sénégalais lorsqu’il en vient à des échanges tournant autour du suicide. Selon elle, se donner la mort sur la terre de la Teranga n’est absolument rien de nouveau. 

« Plus le déni dure, plus la situation sera désastreuse ». Si la prise de parole du professeure Aida SYLLA devait se résumer en une citation, ce serait bien celle-ci. Récemment, l’enseignante a tenu à démystifier les propos généralement usés pour expliquer, et surtout minimiser, le poids du suicide au Sénégal. Sur une publication Facebook, elle ne manque pas de mettre la population sénégalaise face à ses responsabilités. 

« Pourquoi semblons nous tous étonnés chaque fois qu’il y a un suicide ? », questionne-t-elle. Madame SYLLA révèle que cette interrogation lui est venu après plusieurs entretien avec des famille dont un membre venait de mettre fin à ses jours. ou avait attenter à un suicide, « la même chose revenait invariablement ». Ils répétaient tous ne pas connaitre le suicide. « En discutant avec un anthropologue, il me dit que s’ils disent tous la même chose, cela veut dire quelque part qu’un discours qui sied à la situation a été appris. Ils l’ont déjà entendu, donc ils connaissent le suicide », elle raconte.

Le suicide au Sénégal, un fait documenté

« Beaucoup de discours, ces derniers jours ont accusé la société actuelle, les réseaux sociaux, les politiciens…comme si le fait de se donner volontairement la mort était quelque chose de nouveau » 

Pour Aida SYLLA, la supposée ignorance des Sénégalais visant le suicide est inacceptable. Le Sénégal a pourtant une histoire bien écrite et documentée avec ce phénomène social. Entre 1992 et 1996, la professeure a elle-même recensé 439 cas de tentatives de suicide au service de réanimation de l’hôpital Principal de DAKAR. Il s’agissait surtout d’absorption massive de médicaments, d’acide ou de caustique traditionnel Xeme.

Cependant, madame SYLLA nous en dit davantage en remontant plus loin dans le temps. En effet, les premiers chiffres sur le suicide ont été publiés par Germaine Le Goff en 1938 dans le « Bulletin Historique et Scientifique de l’AOF » sous le titre interrogatif : Les Noirs se suicident-ils en Afrique Occidentale Française ? Cette enquête par questionnaire auprès des élèves-instituteurs de Gorée avait pour objectif de découvrir si oui ou non, ces derniers avaient connaissance du suicide. Le Goff a pu relever plus tard 76 suicides qui se sont déroulés en AOF entre 1930 et 1935 ; les causes étant essentiellement le sentiment d’honneur bafouée, la passion, le sentiment de culpabilité.

En 1962, Daouda Sow a mener une étude au niveau des brigades de gendarmerie et des commissariats de police. Sur 7 années, de 1955 à 1961, il a retrouvé 16 cas en milieu urbain et 40 cas en milieu rural. Ces chiffres où il manquaient les items non relevés par les Forces de l’Ordre ont néanmoins pu faire voir que les Sérères qui faisaient 16% de la population constituaient 30% des suicidés. Ensuite, une enquête sur le suicide s’est faite en pays Sérère sur un échantillon de population entre 1969 et 1970. La pendaison, la chute dans un puit ou la chute du haut d’un arbre étaient les moyens les plus utilisés.
« Ce rappel nous permet d’insister sur le fait que le suicide est une réalité en Afrique et au Sénégal », partage-t-elle avant de spécifier,  » Le taux le plus important de suicide est retrouvé au Lesotho avec 72 suicides pour 100000 habitants alors que le taux mondial est de 9 suicides pour 100000 habitants. Le Sénégal est légèrement au-dessus de la moyenne mondiale avec 9,4 suicides pour 100000 habitants ».
Ces importants taux africains s’expliquent entre autres par l’absnce de programmes de prévention et de structures de prise en charge adéquates. D’après la professeure Aida SYLLA, « des programmes éducatifs sur la santé mentale, une information adéquate des populations » paraissent plus utiles que les indignations ponctuelles et la culpabilisation sélective.

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