Un rapport accablant publié le 1er juillet 2026 par Amnesty International accuse les Forces de soutien rapide (FSR) d’avoir commis des crimes contre l’humanité et d’avoir mené une campagne de nettoyage ethnique lors du siège d’El-Facher au Darfour-Nord, entre 2024 et 2025.
Le nouveau rapport de l’organisation de défense des droits humains se titre : « Ville assiégée, enfants pris pour cibles ». Cette nouvelle publication est le résultat d’une mission d’enquête mandatée par les Nations unies qui, en février dernier, avait déjà évoqué des « actes de génocide » attribués aux FSR lors de la prise de la ville.
Le rapport d’Amnesty s’appuie sur les témoignages de 247 victimes et témoins d’exactions recueillis entre le début de l’année 2024 et octobre 2025 dans le Darfour-Nord. Selon ces récits, les paramilitaires ont mené des attaques systématiques contre des villages, des centres urbains et des camps de déplacés situés autour d’El-Facher, principalement habités par des membres de l’ethnie zaghawa, une communauté non arabe également implantée au Tchad.
L’organisation affirme que les FSR ont incendié des habitations après le départ de leurs occupants, laissant supposer une volonté délibérée de rendre ces territoires inhabitables et de contraindre durablement les populations zaghawa à l’exil. Pour Amnesty, ces destructions témoignent d’une stratégie visant à modifier la composition démographique de la région.
« Notre rapport décrit une véritable stratégie visant à faire du mal aux populations, à les tuer et à les chasser de chez elles. C’est une guerre menée contre les civils. Ce rapport montre aussi les méthodes que les Forces de soutien rapide, les FSR, appliquent déjà — ou qu’elles appliqueront — à El-Obeid, dans le Kordofan du Nord, ainsi qu’à Kadugli et Diling, dans le Kordofan du Sud, si la communauté internationale ne réagit pas et ne passe pas à l’action », clame Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
Les enfants, premiers victimes
Le rapport souligne également que les enfants ont été particulièrement exposés aux violences. Nombre d’entre eux auraient été tués, blessés, violés, enlevés ou enrôlés de force. Amnesty décrit un siège d’une extrême brutalité imposé à El-Facher entre mai 2024 et octobre 2025, ayant provoqué une situation de famine. L’organisation évoque en outre le massacre de centaines de civils qui tentaient de fuir l’assaut lancé le 26 octobre 2025, mais se seraient retrouvés piégés par des remblais de terre érigés autour de la ville.
Des dizaines de survivants rapportent avoir assisté à des exécutions sommaires, y compris d’enfants, ainsi qu’à des viols, des actes de torture et des prises d’otages. Amnesty affirme également que plusieurs milliers de civils, parmi lesquels de nombreux mineurs, ont été détenus dans des conditions qualifiées d’inhumaines.
« Des dizaines de milliers de personnes ont été tuées, et beaucoup d’autres blessées. Plus de 10,5 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du Soudan. Cinquante-cinq pour cent d’entre elles sont des enfants », rappelle Japhet Biegon, directeur régional adjoint pour l’Afrique à Amnesty International.
Pour Amnesty international, ces actes « pourraient être constitutifs du crime de génocide », tout en précisant que ses investigations se poursuivent sur cette qualification juridique.