Au Gabon, la suspension des réseaux sociaux, décidée par les autorités au nom de la préservation de l’ordre public, continue de susciter incompréhension et controverse. Mais au-delà de la mesure elle-même, c’est désormais la communication gouvernementale qui se retrouve au cœur du débat, après une sortie médiatique jugée pour le moins approximative.
Invitée sur le plateau de TV5 Monde, la porte-parole du gouvernement, Jennyfer Mélodie Sambat, a tenté de justifier la décision en affirmant que la suspension ne viserait « que Meta », laissant entendre que les autres plateformes numériques ne seraient pas concernées. Une déclaration rapidement mise en défaut par la réalité technique et économique du numérique.
Une justification officielle mise à mal par les faits
Contrairement aux propos tenus, les plateformes affectées par les perturbations observées au Gabon ne relèvent pas toutes du groupe Meta. YouTube appartient à Google, LinkedIn est la propriété de Microsoft, tandis que Pinterest est une entreprise indépendante. Autrement dit, la suspension opérée qu’elle soit volontairement globale ou techniquement mal ciblée dépasse largement le périmètre annoncé.
Cette confusion, relevée et documentée par la presse nationale, fragilise la crédibilité du discours officiel. Elle donne le sentiment que la décision a été prise sans maîtrise fine de l’écosystème numérique, ni compréhension claire des outils concernés, alors même que ces plateformes constituent aujourd’hui des infrastructures majeures d’information, d’économie et de communication sociale.
Au-delà de l’erreur factuelle, l’épisode révèle un malaise plus profond : celui d’un État qui invoque la régulation sans en maîtriser les contours, et qui peine à expliquer une mesure lourde de conséquences pour les citoyens, les médias et les acteurs économiques. Dans un contexte social déjà tendu, cette approximation publique renforce l’idée d’une décision précipitée, mal préparée et insuffisamment assumée politiquement.
En voulant restreindre la parole numérique, le pouvoir se retrouve confronté à une autre difficulté : celle de tenir une parole publique rigoureuse. Car à l’ère du numérique, l’imprécision ne se corrige plus dans le silence. Elle s’expose, se vérifie et se retourne contre ceux qui gouvernent.