Sur le sol africain, être une femme est déjà un grand défi en soi. Mais être une femme qui sache rire de son quotidien, tout en suscitant des discussions sérieuses avec légèreté en passant par l’humour, c’est faire preuve d’une bravoure que l’on sous-estime malheureusement trop souvent. Car, bien sûr, avec les stéréotypes qui lui sont imposés, la pression sociale qui pèse sur elle et les obstacles auxquels son sexe est encore regrettablement confronté, rares sont ceux qui sont aussi bien placés qu’une femme pour révéler, à travers le rire, l’absurdité de certains faits sociaux.
À l’occasion de la Journée internationale de la femme africaine, LE ROUGE est allé à la rencontre de l’humoriste stand-up béninoise Belronde Adjaho, attendue sur la scène du festival d’humour majeur au Bénin, Un soir pour oublier. Pour elle, le rire est bien plus qu’un divertissement : c’est une manière d’ouvrir le dialogue.
La présentation la plus simple que l’on pourrait faire de notre intervenante serait celle-ci : Belronde ADJAHO est une artiste humoriste stand-uppeuse béninoise. Toutefois, il est beaucoup trop tôt pour y mettre un point final, car il y a largement plus à découvrir de sa personne.
« Mon univers est authentique , accessible et proche des réalités de tous les jours … »
Belronde est sans nulle doute l’illustration de la citation de l’auteur marocain, Tahar Ben Jelloun : « Nous vivons une époque où il faut savoir rire de soi d’abord avant de rire des autres ». En effet, en plus d’être une comique, notre source est également une conteuse. Elle se plait à partager avec son public les circonstances qu’elle traverse et donner à ces expériences une tournure satirique. « J’aime raconter des histoires inspirées de mon quotidien pour faire rire », nous a-t-elle confié.
Déjà, être une femme humoriste c’est …
Grandement inspirée par sa grand-mère maternelle, pour sa force, son courage et sa persévérance, Belronde ADJAHO évolue avec volonté dans un domaine dont elle n’ignore pas les enjeux. Consciente que la femme demeure toujours assez mésestimée dans ce milieu, la stand-uppeuse ne s’est pas lancée dans cette carrière sans s’outiller moralement et mentalement, afin de mieux faire face à la critique.
» Être une femme humoriste en Afrique aujourd’hui, c’est relever un défi, parce qu’il faut faire ses preuves et prouver que l’on est à la hauteur. On est parfois plus jugée, non seulement sur notre talent, mais aussi sur notre apparence, notre façon de s’exprimer ou les sujets que l’on aborde … », nous dit-elle.
Malgré ces obstacles, elle constate une évolution encourageante. D’après elle, « le public devient de plus en plus mature et ouvert, et les femmes montrent chaque jour qu’elles ont pleinement leur place sur scène ». Cette nécessité de faire ses preuves nourrit même sa détermination. « On sous-estime souvent les femmes humoristes, mais cela me motive à donner le meilleur de moi-même », affirme celle qui se considère aujourd’hui comme l’une des figures prometteuses du stand-up béninois.
Ce dont les femmes osent en rire
Sur scène, Belronde puise principalement son inspiration dans la famille, les relations humaines et les petites situations du quotidien. Des thèmes universels qui permettent au public de se reconnaître dans ses histoires. Mais derrière cette apparente simplicité se cachent parfois des sujets plus sensibles.
L’un de ceux qu’elle affectionne particulièrement concerne la pression exercée par la famille sur les jeunes adultes. « Parfois, notre propre famille est à la base de la dépression dont on souffre », confie-t-elle. Un sujet délicat qu’elle choisit pourtant d’aborder avec humour. « J’ose en parler et ça passe bien, même si certains parents peuvent être dérangés. »
Pour l’humoriste béninoise, le rire possède une force particulière : il permet de faire entendre des vérités qui seraient parfois plus difficiles à accepter dans un discours frontal. Cette approche s’applique également aux réalités vécues par de nombreuses femmes. Les stéréotypes, les pressions sociales, certaines injustices ou encore la sexualité demeurent, selon elle, des sujets sensibles dans plusieurs sociétés africaines. « Avec l’humour, les messages passent souvent plus facilement sans pour autant blesser les gens », explique-t-elle.
« Je cherche toujours à faire passer un message. Mon objectif est que le public rie, mais reparte aussi avec une réflexion »
Toutefois, le fait de vouloir alerter ou dénoncer de manière amusante n’est pas une excuse pour ne pas prendre de recul. Parfois, Belronde ADJAHO laisse lucidement certains sujets de côté : » Avant tout, on est là pour le public. Dès que je sens qu’une blague risque d’être mal comprise ou de détourner l’attention du message que je veux faire passer, je préfère la mettre de coté », elle révèle.
À l’occasion de la Journée internationale de la femme africaine, Belronde conseille aux jeunes Africaines qui rêvent de monter sur scène un message simple : croire en elles, travailler sans relâche et ne jamais se laisser freiner par le regard des autres.
Le 31 juillet, lors de Un soir pour oublier, elle espère offrir au public bien plus que quelques instants de rire : « J’espère que chacun repartira avec le sourire, de beaux souvenirs et l’envie de me revoir sur scène. ». Une preuve supplémentaire que, parfois, un éclat de rire peut aussi être une manière de faire avancer les conversations les plus importantes.